Il n’y a pas dans l’histoire du Cameroun et même universelle -nous voulons nous tromper- l’exemple de ce qui s’est passé à Nkongsamba le 15 janvier dernier. Ce jour-là en effet, tous les évêques et archevêques du Cameroun ont participé et animé un rite spécial  sur la grande place des fêtes pour   » purifier et bénir »  la ville et pour la réconciliation de ses enfants.

Ce rite spécial contenu dans une messe solennelle a été le fruit d’une demande insistante d’une grande partie des élites, dirigeants et populations n’sambalaises convaincus que la ville est frappée de « malédiction » à cause de son histoire marquée de beaucoup de sang injustement versé, les têtes coupées et exposées, les quartiers entier incendiés par trahison, les serments faits sur le  » chien noir », le jour du marché imposé le dimanche, l’exploitation politicienne de la légendaire fraternité entre allogènes et autochtones, la feymania…

actualite.fwEn tout cas, beaucoup y trouvent les causes de la décadence de la ville de Nkongsamba avec bien sûr la mévente du café.  C’est donc par plusieurs milliers que les habitants -sans distinction de religion- ont convergé en plein midi ce mercredi 15 janvier 2015 vers le centre ville pour implorer la repentance pour les péchés et fautes commises et solliciter la bénédiction du Ciel pour la renaissance de la ville.

Pour bien comprendre ce qui s’est passé, il faut se rappeler que s’il y avait au Cameroun dans les années 50,60,70 et 80 une ville qui -après Douala et Yaoundé- avait marqué fortement la vie et l’histoire du pays, c’est bien Nkongsamba. Politiquement, Nkongsamba a été un fief de la lutte pour l’indépendance et une place forte de la répression des « maquisards » ou « nationalistes » selon le cas. Sur plan économique, la cité des deux monts fut la capitale agricole, troisième ville camerounaise, centre d’échange et de commerce entre le Littoral et l’Ouest. Les activités autour du café produit en grande quantité et qualité avaient fait de la ville une cité moderne, agréable, visitée, aimée. Sociologiquement, c’était l’une des rares villes où on trouvait toutes les composantes ethniques et tribales du Cameroun dans un élan de fraternité vivante.

Si presque tout ce qui a fait le lustre de la ville se raconte avec un brin de nostalgie et beaucoup de larmes, il reste que Nkongsamba est une ville bénie car une analyse fine de ce qui se passe aujourd’hui montre que la cité des Monts manengouba et Nlonako est promise à un très bel avenir. A conditions…

A conditions que ses enfants très nombreux et toujours haut placés, sachent se retrouver pour repenser la renaissance de la ville.

Les évêques du Cameroun, en priant pour la ville le 15 janvier dernier, ont rappelé que  » la purification et la bénédiction reçues du ciel n’auront d’effets que si ceux et celles qui en bénéficient se réconcilient et décident d’agir positivement et solidairement pour leur ville »

Dans les hautes sphères de l’administration camerounaise comme dans les cimes du monde des affaires, vous les trouverez, ces enfants de la ville, se contentant de ressasser le passé glorieux mais manquant de sauter le pas, ce pas qui les ramènerait vers la terre natale pour poser leur graine à côté de leur nombril.

L’événement inédit du 15 janvier aura t-il un effet? Le rite spécial et la grande prière des Évêques du Cameroun permettront -ils la renaissance de la cité n’sambalaise ? Chacun y va de sa croyance. Mais surtout d’action concrète qu’il est question pour lever la malédiction et donner un sens à la bénédiction

 
                                                                                                                                 JJT